L’Union européenne post-Brexit sera-t-elle dotée d’une armée ?

L’Union européenne est dotée, depuis le Traité de Maastricht de 1992, d’un volet sur la politique de sécurité et de défense commune aux pays membres. Cependant, il n’existe pas à proprement parler d’armée européenne, ces dernières étant le ressort des Etats. Avec le « Brexit », le débat sur la création d’une armée européenne redevient d’actualité.

Le vote du Royaume-Uni en faveur du « Brexit », en juin 2016, relance le débat en Europe sur une armée européenne. En effet, le ministre britannique de la Défense, Michael Fallon, se prononçait, encore au sommet de Bratislava le 16 septembre 2016, en défaveur d’une telle union, et les vétos du pouvoir britannique empêchent depuis longtemps toute discussion à ce sujet. Mais outre la défaveur anglaise à propos d’un projet de renforcement de la sécurité au niveau européen, un autre problème découle du Brexit : la France devient la seule représentante permanente de l’Union européenne au sein du conseil de sécurité des Nations Unies, et cela affaiblit également le poids européen au sein de l’OTAN. Cependant, même avec la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, les avis concernant ce projet restent divergents.

Une armée pour relancer la construction européenne ?

Le 26 août 2016, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie ont appuyé leur volonté de renforcer la défense commune européenne, lors d’un sommet à Varsovie en présence de la chancelière allemande Angela Merkel. En effet, ces derniers voient dans une armée européenne le moyen de relancer la construction européenne et de s’imposer sur le plan mondial en tant qu’acteur global.

Selon la chancelière allemande, qui évoque le projet sans trop s’avancer, le Traité de Lisbonne laisse une grande marge de manœuvre pour créer, le moment venu, une armée commune à l’Union européenne. Ainsi, l’article 42 du Traité de Lisbonne stipule : « La politique de sécurité et de défense commune inclut la définition progressive d’une politique de défense commune de l’Union. Elle conduira à une défense commune, dès lors que le Conseil européen, statuant à l’unanimité, en aura décidé ainsi ».

La feuille de route même du sommet de Bratislava, le 16 septembre 2016, traitant de l’Europe post-Brexit, officialise l’objectif de « renforcer la coopération de l’UE en matière de sécurité extérieure et de défense » : il s’agit bien d’un projet en construction.

Une mise en place difficile

Cependant, si le projet apparaît réel, il est peu probable qu’une armée européenne soit créée dans peu de temps, selon la Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini. Elle déclarait en effet, à la suite du sommet de Bratislava, que rien de concret ne serait certainement légiféré d’ici au moins cinquante ans. Angela Merkel, de son côté, a rappelé la difficulté que représenterait la mise en place concrète d’un tel projet.

En outre, le problème majeur qui se pose quant à la création d’une force armée est la fédéralisation de l’UE que cela implique. En effet, la gestion de la politique extérieure armée est depuis toujours du ressort des Etats membres. Certains pays, ainsi, sont hostiles à ce projet pour empêcher Bruxelles d’empiéter sur la souveraineté des Etats-Nation. Le ministre de la Défense tchèque estime, de son côté, qu’une armée commune ne serait pas utile dans la mesure où il faudrait une unanimité des pays membres dans les décisions – une utopie.

Ainsi, même si des déclarations d’intention sont régulièrement énoncées au sujet d’une armée européenne, la réalité est que sa mise en place, et l’organisation d’actions concrètes seraient très compliquées. Si tous les pays européens s’accordent donc pour renforcer les actions extérieures européennes après la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, il n’est pas certain qu’une force armée commune voit le jour tout de suite.

 

Maud Gozlan

Maud Gozlan

Trésorière d’Eurosorbonne et stagiaire au Conseil de l’Europe, je suis passionnée par les relations internationales et européiste convaincue.
Maud Gozlan

Maud Gozlan

Trésorière d’Eurosorbonne et stagiaire au Conseil de l’Europe, je suis passionnée par les relations internationales et européiste convaincue.

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