Conférence sur l’Afghanistan : un réel engagement pour la paix ?

Le 5 octobre dernier se tenait à Bruxelles une conférence sur l’Afghanistan, organisée par l’Union européenne et le gouvernement afghan. Elle a abouti à un communiqué annonçant le renouvellement du partenariat pour la prospérité et la paix entre le gouvernement d’unité nationale d’Afghanistan et la communauté internationale.

70 pays et 20 organisations internationales étaient présents à cette conférence. Après un bilan plutôt mitigé dans les domaines politique, économique et sécuritaire deux ans après la conférence de Londres, l’objectif était de renouveler un engagement pour les quatre prochaines années afin de répondre au mieux aux besoins afghans. Mais plusieurs ONG craignent que ce soutien soit conditionné à la réadmission de migrants afghans en Afghanistan.

Une conférence pour la prospérité et l’indépendance économique du pays

L’objectif est notamment de permettre au pays d’arriver à l’autonomie et à la mise en place d’un environnement politique stable, une paix durable et une sécurité nationale, tout en prenant en compte des objectifs de développement durable. Si des progrès importants ont été constatés par les 75 Etats présents lors de la conférence, des efforts sont encore nécessaires pour réussir à relever d’autres grands défis, notamment pour préserver les résultats obtenus.

Face à l’ambitieux programme de réformes présenté par l’Afghanistan, les pays se sont donc engagés collectivement à aider le pays à remplir ces objectifs d’ici 2024. La communauté internationale a donc débloqué environ 13,6 milliards d’euros : ce niveau de financement exceptionnel devrait permettre à l’Afghanistan de consolider son Etat et son développement.

L’objectif majeur à l’international est évidemment de garantir une paix durable. « Investir dans le peuple afghan, c’est investir pour la stabilité internationale, ainsi que pour notre propre présent et notre propre avenir » a affirmé pendant la conférence Federica Mogherini, Haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Le rôle des femmes et l’intégration économique régionale

En marge de la réunion ont été organisés des évènements sur les thèmes de l’autonomie des femmes et de l’intégration économique régionale. Les principaux partenaires régionaux du pays se sont aussi réunis dans le but de renforcer le soutien politique régional de l’Afghanistan.

Selon Federica Mogherini, l’autonomisation des femmes n’est pas seulement primordiale en terme de droits de l’homme, c’est aussi un enjeu de développement, de croissance humaine, de sécurité et d’exploitation du potentiel du pays : « S’engager en faveur des femmes, c’est s’engager pour des sociétés plus fortes, plus riches et plus justes ». Face à cela, le gouvernement afghan a exposé son projet visant à renforcer la participation des femmes à la société et à l’économie.

En ce qui concerne l’intégration régionale, l’idée est de soutenir, notamment financièrement, les projets régionaux pour encourager le commerce et le développement, tout en favorisant un environnement propice à l’activité économique. « C’est une promesse faite aux pauvres, aux jeunes, aux femmes et aux exclus qu’ils seront les citoyens d’un État dans lequel ils aimeront vivre et prospérer » a affirmé Ashraf Ghani, Président de l’Afghanistan, lors de la conférence de presse finale.

Mais quels sont les objectifs réels pour l’Union européenne ?

Selon l’ONG britannique Statewatch, l’Union européenne signe aussi cet accord dans le but de faciliter le renvoi de milliers d’Afghans qui se trouvent sur le sol français dans leur pays d’origine. Cet objectif énoncé dans un mémo de l’UE vise à « améliorer la coopération avec l’Afghanistan sur la migration, la mobilité et les réadmissions ». Si le document reconnaît que la sécurité des civils afghans se détériore, constatant plus de 11 000 victimes, notamment dues à des attaques terroristes, en 2015, l’Union souhaite tout de même passer, en marge de la conférence, un accord avec l’Afghanistan pour permettre le renvoi d’environ 80 000 Afghans.

Après les Syriens, les Afghans représentent la deuxième plus grosse part des demandeurs d’asile en Europe : à Calais, ils sont parmi les plus nombreux, et en Allemagne, 100 000 afghans ont déposé une demande d’asile depuis 2016. Le gouvernement allemand envisage de classer l’Afghanistan dans la liste des pays sûrs, sans doute pour faciliter les expulsions.

Noémie Chardon

Noémie Chardon

Secrétaire générale de l'association et membre du pôle journal d'Eurosorbonne, je suis particulièrement intéressée par le domaine du droit européen.
Noémie Chardon

Noémie Chardon

Secrétaire générale de l'association et membre du pôle journal d'Eurosorbonne, je suis particulièrement intéressée par le domaine du droit européen.

Laisser un commentaire