L’Europe et bien plus encore : notre sélection de livres pour l’été

Parce que l’été ne se résume pas à baignade et apéro, la rédaction d’Eurosorbonne vous propose une sélection de lectures, afin de vous plonger dans l’univers européen. Fictions, idées et histoire, il y en a pour tous les goûts, à vous de faire votre choix.

L’EUROPE DANS LA FICTION 
L’Europe dans les livres, ce n’est pas seulement un empilement de termes techniques contenus dans une sélection d’ouvrage écrit par des spécialistes, elle peut aussi, de près ou de loin, inspirer la littérature, ou mieux, s’inspirer de cette dernière.

L’EUROPE DES IDÉES
Objet de débats parfois passionnés, l’Europe est une source inépuisable d’essais et de livres d’opinions. Nous vous proposons quelques ouvrages ayant pour but de penser l’Europe mais aussi d’en faire la critique.

L’EUROPE DANS L’HISTOIRE 
Parce que l’histoire de l’Europe ne remonte pas uniquement à l’après-guerre et qu’elle s’inscrit également dans un vaste ensemble mondial, nous vous proposons ici trois livres références.

 

L’Europe dans la fiction

 

À L’Ouest, rien de nouveau (1929), Erich Maria Remarque

Paul, 19 ans, est un jeune soldat allemand, engagé volontaire dans la Grande Guerre. Comme tous ses camarades de classe, il a été galvanisé par les discours nationalistes et patriotiques de ses professeurs. Les jeunes hommes se retrouvent soudainement dans l’horreur de la guerre, entre le feu des fusils, le manque de nourriture et de vêtement, la saleté, la mort qui fauche l’un après l’autre les jeunes gens.

Paul cherche du sens à cette guerre, mais peine perdue, la souffrance, l’absurdité de la guerre transcende tout. Prenant conscience que l’autre, l’ennemi, dans la tranchée d’en face, pourrait être un frère, le jeune homme réalise le gâchis de la guerre. « Nous avions dix-huit ans et nous commencions à aimer le monde et l’existence ; voilà qu’il nous a fallu faire feu là-dessus. »

L’ouvrage pacifiste d’Erich Maria Remarque rencontra un franc succès dès sa parution, dans les années 1930, avant d’être brûlé par les nazis pendant le IIIème Reich, pour son humanisme et son ouverture sur l’Autre. Une lecture bouleversante et nécessaire, cent ans après le conflit.

287 pages – Le Livre de poche – 6,10€

 

Là où vont nos pères (2007), Shaun Tan

Un chef d’œuvre de la bande dessinée. L’ouvrage de Shaun Tan est intemporel et universel. A travers ses crayonnés splendides, d’une précision et d’un réalisme remarquable, Shaun Tan nous invite à la découverte de son histoire, qui ne comporte pas une ligne de texte. Le dessin est suffisant pour rendre compte de l’émotion et de la profondeur d’un tel ouvrage.

Dans une ville inquiétante, un père de famille quitte femme et enfant pour immigrer, sur un bateau qui l’emmène dans un pays incroyable, incompréhensible, compliqué. En chemin, il rencontre des hommes et des femmes qui, comme lui, ont fui un danger. Le lecteur embarque avec le réfugié dans un monde que l’on ne comprend pas, avec ses propres codes, ses règles, ses langues et ses animaux inconnus. Ce qui nous apparaît comme un univers fantaisiste n’est que le reflet de l’incompréhension de tout immigré, arrivant dans un lieu qu’il ne parvient pas encore à décrypter.

Publié en 2007, Là où vont nos pères a été plusieurs fois récompensé, notamment par le prix de la meilleure BD, au festival d’Angoulême, le plus grand festival de bande dessinée d’Europe, et par le Prix du comic book de la National Cartoonists Society, l’un des plus anciens et plus prestigieux prix américains. En ces temps de critique de l’immigration, et de xénophobie assumée, un ouvrage profond et nécessaire.

128 pages – Dargaud – 14,99€

 

Le nom de l’alose (2017), Les Grecques

Il ne s’agit pas d’un livre, mais vous pourriez très bien vous retrouver happé par cette histoire : un polar humoristique, au cœur de la bulle européenne. Les deux auteurs sont, de leurs propres mots, des « bas-fonctionnaires » européens, anonymes, qui depuis mai 2016 tiennent un blog, Les Grecques, sur lequel ils taquinent l’Union européenne, faisant ressortir ce qu’elle a de pire et de plus drôle.

En dehors des montages photos, des jeux de mots, des ré-écritures de chansons (on approuve « Ne me frexit pas », publié quelques jours avant le second tour de la présidentielle française), Le nom de l’alose est leur chef d’œuvre. En 22 épisodes, cette histoire débutée en octobre, et qui vient tout juste de se terminer, en juillet, raconte l’histoire d’un jeune attaché parlementaire, Adrien, dont la députée est la rapporteuse d’une directive concernant la conservation des habitats naturels. Mais cette directive à priori anodine va secouer la bulle européenne et entraîner notre héros dans des aventures périlleuses.

Le lecteur ira à la rencontre des plus grands noms de l’actuelle Union européenne, Martina Scholz, Guy Quatreville, Daniel Khan-Bondi, Guy Federofstadt, Marine Le Pain… toute ressemblance à des personnes existantes étant bien sûr tout à fait fortuite. Entre humour, suspense, témoignage de la vie bruxelloise des « eurocrates » et explications du fonctionnement de l’UE, Le nom de l’alose est la lecture parfaite pour tout étudiant en affaires européennes.

 

L’insoutenable légèreté de l’être (1982), Kundera

Comme souvent dans ses romans, Milan Kundera mêle philosophie, intrigue amoureuse, turpitudes humaines et histoire. Dans L’insoutenable légèreté de l’être, l’une de ses œuvres les plus célèbres, l’auteur tchèque, naturalisé français en 1981, raconte l’histoire d’un couple, le volage Tomas, chirurgien, et la fidèle et angoissée Tereza, photographe. Autour d’eux gravitent Sabina, artiste aspirant à la liberté, maîtresse de Tomas et de Franz, un professeur loyal, honnête et malheureux.

La politique et l’histoire sont primordiaux dans cette œuvre : l’intrigue se déroule en République tchèque, au moment du printemps de Prague. La mort du vieux régime communiste, comparé au nazisme du fait de son refus de l’individualisme et de la pensée collective, représente la lourdeur, l’ancrage dans le passé, tandis que l’émulation intellectuelle tchèque représente la légèreté, incarnée également par la libération sexuelle de Tomas et Sabina.

Milan Kundera a participé aux mobilisation intellectuelles en République Tchèque, à la fin des années 1960. Après l’invasion soviétique de 1968, il perd le droit d’enseigner, ses ouvrages sont retirés des magasins, et il survit en écrivant des horoscopes. L’insoutenable légèreté de l’être propose une réflexion profonde, passionnante, mais très accessible sur la place de l’art et de l’intellectualisme dans la construction politique des nations.

480 pages – Gallimard – 10,40€

 

L’Europe dans les idées

 

Après l’Etat-nation : Une nouvelle constellation politique (2000), Jürgen Habermas

Ce petit ouvrage est en fait le recueil de trois articles écrits par le philosophe allemand. En plus d’être l’un des penseurs les plus renommé de ce début de siècle, le père de « l’éthique de la discussion » ou du « patriotisme constitutionnel » est aussi un grand Européen. Il livre ici un court essai qui, après dix-sept années de crises économiques et institutionnelles dans l’Union, n’a pas pris beaucoup de rides, contrairement à l’auteur.

Pour Jürgen Habermas, la mondialisation des échanges mais aussi la dimension multiculturelle des sociétés européennes a contribué à réduire les marges de manœuvre de l’Etat-nation, érigé en principal cadre structurant des sociétés à la fin du XIXe siècle. Plutôt que de prôner un retour aux frontières nationales, l’auteur propose de transférer au sein d’une fédération européenne cosmopolite les fonctions que le niveau national ne peut plus assurer convenablement.

Si le propos reste très général et peut-être assez utopique, Jürgen Habermas propose une alternative attrayante aux discours déclinistes et protectionnistes des tenants de l’inamovibilité de la nation.

149 pages – Fayard – 7,50€

 

Démocratiser l’Europe (2014), Antoine Vauchez

Dans son très synthétique essai, Antoine Vauchez, directeur de recherche au CNRS, nous fait voyager dans les méandres institutionnels de l’Union européenne. Et plutôt que d’aborder l’éternelle question du « déficit démocratique » sous l’angle d’un appel à un rôle croissant du Parlement européen, l’auteur fait au contraire le constat de l’échec de cette parlementarisation. Car si traité après traité, l’assemblée de Strasbourg a acquis des responsabilités accrues, cela s’est fait dans une quasi-indifférence des citoyens, toujours plus nombreux à bouder les élections européennes.

D’autant qu’en parallèle, l’Union s’est dotée d’institutions « indépendantes » aux pouvoirs importants : Commission européenne, Banque centrale européenne, Cour de justice, et plus encore l’ensemble des structures mises en place à la suite de la crise de la zone euro (troïka, mécanisme européen de stabilité) que le Parlement européen, écarté, observe de loin.

Plutôt que de copier le système parlementaire national, l’auteur propose au contraire de « démocratiser » ces institutions indépendantes. Diversité sociale, ouverture à des débats contradictoires ; Antoine Vauchez ne manque pas d’idées. Un livre précis et instructif qui ravira ceux pour qui « été » rime d’abord avec « subsidiarité ».

96 pages – Seuil – 11,80€

 

La double démocratie, Une Europe politique pour la croissance (2017), Michel Aglietta et Nicolas Leron

Alors que l’architecture institutionnelle de la zone euro sera probablement le principal chantier européen du mandat d’Emmanuel Macron, Michel Aglietta – professeur émérite à l’université Paris-Ouest – et Nicolas Leron – président du think tank Eurocité – proposent un essai complet sur cette question.

La partie la plus intéressante de l’ouvrage se situe dans l’analyse de la crise de la démocratie dans l’Union, entre baisse de la participation et remise en cause du cadre démocratique. Les deux auteurs tirent un schéma général d’explications très convaincant, articulant parfaitement les relations entre politics, policy et policies dans les Etats membres et au niveau communautaire.

Si les propositions faites sur l’avenir de la zone euro ne sont pas toutes inédites (eurobonds, taxe sur les transactions financières), l’ouvrage fait preuve d’une grande érudition, mêlant économie, droit et sciences politiques. Au risque parfois de perdre le lecteur dans un propos lourd et pompeux.

196 pages – Seuil – 20€

 

Les Salauds de l’Europe : Guide à l’usage des eurosceptiques (2017), Jean Quatremer

Et si l’Europe était en fait une vaste fumisterie destinée à servir les intérêts des puissants au détriment des pauvres citoyens inconscients ? C’est l’hypothèse que pose Jean Quatremer dans son dernier livre, Les salauds de l’Europe : guide à l’usage des eurosceptiques. On croit rêver : Jean Quatremer, l’europhile passionné et passionnant, le chantre du fédéralisme aurait-il retourné sa veste ?

Pas du tout. Si le journaliste de Libération qui chronique la bulle européenne depuis vingt ans souligne dans cet ouvrage tous les défauts, manquements et imprécisions de l’Europe, c’est pour avoir la légitimité de remettre en cause ces arguments. Reculer pour mieux sauter. Après 50 premières pages déprimantes pour tout aficionados de l’Europe, au cours desquelles Quatremer rappelle, pèle-mêle, le scandale de l’embauche de Barroso chez Goldman Sachs, l’échec d’une Europe sociale, ou l’impossibilité de protéger les frontières extérieures, le ton change.

Dans les 10 chapitres suivants, Quatremer démonte consciencieusement tous les arguments des eurosceptiques : Non, l’Europe ne méprise pas la volonté populaire, non, l’Europe n’est pas que libérale, et si, l’Europe EST démocratique. Un livre utile et mordant, qui reprend les bases de la construction européenne, à mettre entre toutes les mains.

324 pages – Calmann-Lévy – 17,5 €

 

>> Lire aussi : « Fraternité » : un plaidoyer européen de Frans Timmermans

 

Vers un citoyen européen (2016), Tony Venables

Ancien directeur du European Citizen Action Service (ECAS), Tony Venables a fait de la citoyenneté européenne son cheval de bataille. Il livre un ouvrage complet sur la question, ne négligeant aucun aspect, de la liberté de circulation à l’Initiative citoyenne européenne, sans oublier les élections européennes ou les questions éducatives.

Tony Venables fait d’abord le point sur l’histoire de ce concept, du traité de Maastricht jusqu’au nombreux arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne sur la question. Très précis sur le plan juridique, cet ouvrage met aussi en avant une série de propositions : développer la démocratie participative, élargir les droits des citoyens européens vivant dans un autre État membre, ou encore développer l’éducation à la citoyenneté européenne.

A l’heure où, à cause du Brexit, des millions de citoyens britanniques vivant dans l’Union sont en passe de perdre leurs droits, la lecture de cet ouvrage tombe à point nommé.

247 pages – Editions Charles Léopold Mayer – 20€

 

L’Europe dans l’histoire

 

Appels aux Européens (2014), Stefan Zweig

Dans l’œuvre pléthorique de l’Autrichien Stefan Zweig, le volet européen est sans doute l’un des plus méconnus. Pourtant, encore aujourd’hui sa vision influencée par les désastres du début du 19e siècle, doit nous éclairer. Appels aux Européens est un recueil de deux textes qui font directement écho aux injonctions mises en avant aujourd’hui pour refonder l’Europe.

Le premier, « La désintoxication morale de l’Europe », écrit en 1932 se concentre sur les dangers du nationalisme et notamment de l’histoire telle qu’on nous la raconte, celle de conflits entre des peuples qui entretiennent des sentiments de défiance formant un héritage rendant impossible l’unification européenne.

Le second texte, rédigé en 1934, « L’unification de l’Europe », insiste sur l’Europe de la culture, celle qui doit permettre d’unifier les Européens en opposition aux thèses nationalistes et excluantes visant à établir des hiérarchies contraires aux sentiments d’appartenance européen. Il explique que le nationalisme, sentiment naturel et instinctif, s’oppose à la réflexion que nécessite l’entretien et la création d’un sentiment européen. Alors que l’appartenance à un peuple s’appuie sur des éléments matériels et symboliques, l’idée européenne se construit sur la discussion et la diffusion au plus grand nombre d’éléments apparaissant comme plus abstraits.

Zweig nous propose un regard humaniste et idéaliste qui peut nous guider dans la recherche d’une voie nouvelle pour l’Europe.

144 pages – Bartillat – 7€

 

Le Spectateur engagé (1981), Raymond Aron

Raymond Aron est l’un des grands intellectuels français du siècle dernier. Son œuvre générale qui s’est inscrite dans l’histoire qui a été la sienne, demeure parfois complexe mais toujours animée d’une volonté farouche de liberté. Le Spectateur engagé, livre sous forme d’entretien de Raymond Aron avec deux journalistes, n’est pas un ouvrage sur l’Europe à proprement parlé.

Il retrace l’œuvre du philosophe – mais aussi journaliste, historien, sociologue – qui s’avère être profondément marquée par l’histoire et les soubresauts de la diplomatie internationale. De son expérience en Allemagne sous le début de la domination hitlérienne à la confrontation avec Jean-Paul Sartre dans le contexte de guerre froide, c’est un vaste panorama de l’histoire contemporaine mondiale qui nous est proposé à travers l’œil du normalien. Grand défenseur de la liberté qui s’est rangé du côté américain durant la partition du monde en deux blocs, il met cependant en garde les Européens contre une trop grande mainmise du « camp du bien » sur le vieux continent.

Intemporel, le message de Raymond Aron mérite d’être entendu mais aussi critiqué, Le Spectateur engagé est le livre idéal avant de se plonger pleinement dans le reste de son œuvre.

340 pages – Le Livre de poche – 8,60€

 

L’Europe est-elle née au Moyen Âge ? (2003), Jacques Le Goff

Nulles zone euro, élections européennes ou propositions de nouveau traité dans l’ouvrage de Jacques Le Goff. L’un des plus grands médiévistes français, décédé en 2014, s’intéresse plutôt aux racines médiévales de l’Europe d’aujourd’hui. Cette période de l’histoire n’est plus depuis longtemps considérée comme un long sommeil décadent et ignorant, après les splendeurs antiques et avant la Renaissance.

Tout en gardant un sens aigu de la nuance et de la précision, Jacques Le Goff en fait sur certains points le commencement d’une Europe vue comme un espace ayant une relative unité. Des cours royales aux cathédrales en construction, des bourgeoisies urbaines aux paysans défrichant les forêts, l’auteur nous transporte dans un long voyage, sur plus de mille ans, dans cette Europe en gestation.

Alors que d’aucuns s’interrogent sur les fondements de la construction européenne, au-delà du champ économique et monétaire, en questionnant son histoire et même, son identité, l’ouvrage de Jacques Le Goff se pose finalement comme une œuvre très contemporaine.

341 pages – Seuil – 9,50€

Par Elena Blum, Corentin Gorin et Josselin Petit

Multiple

Toute l'équipe du journal d'Eurosorbonne se réunit pour vous proposer des articles de fond vraiment exhaustifs.

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