Les personnalités européennes de 2017

Alors que l’année 2017 restera dans les annales de la diplomatie internationale, la rédaction d’Eurosorbonne vous propose une sélection des dix personnalités européennes qui ont largement contribué à ce que cette année reste dans les mémoires, pour de plus ou moins bonnes raisons. 

Ana Brnabic – Première femme homosexuelle nommée au poste de Premier ministre en Serbie

La nomination d’Ana Brnabic comme Première ministre par le Président Aleksandar Vucic en Serbie le 15 juin dernier est loin d’être anodine. En effet, l’investiture de cette femme de 41 ans n’a pas laissé l’opinion publique indifférente : d’origine croate, elle assume parfaitement son homosexualité, ce qui est loin d’être banal dans un pays conservateur, au valeur majoritairement chrétienne orthodoxe. Elle affiche une volonté ferme d’entrée dans l’Union européenne, ce qui ne fait pas l’unanimité dans cet État traversé par des tendances pro-russe.

L’investiture fulgurante de cette femme est perçue par certains comme une stratégie politique de la part d’Aleksandar Vucic. Désigner au poste de Premier ministre non seulement une femme – du jamais vu en Serbie- et qui plus est homosexuelle et plutôt jeune permettrait en effet d’attirer l’attention sur l’ouverture d’esprit du pays, sa tolérance ainsi que son dynamisme. D’autre part, Ana Brnabic doit son entrée récente en politique au président, en intégrant en 2016 le poste de ministre de l’administration de l’État.

Ana Brnabic doit donc beaucoup au Président serbe. C’est pourquoi des soupçons sont émis quant à cette désignation, perçue comme une opportunité pour diriger la politique intérieure de son pays comme il l’entend, sans opposition de la part de la chef du gouvernement. Ana Brnabic, elle, se défend indiquant son engagement pour le pays ainsi que son travail qui serait « plus grand et plus important que nous tous individuellement ».

Arlene Foster – Entre crise politique et Brexit

Parmi les nombreux problèmes auxquels doit se confronter Theresa May sur le Brexit, Arlene Foster occupe une belle place. Élue Première ministre nord-irlandaise en janvier 2016, elle voit sur son mandat planer l’ombre d’un gigantesque scandale financier autour des énergies renouvelables. Cette affaire dite « Cash for Ash », entraîne le départ du vice-premier ministre, Martin McGuinness, leader du Sinn Féin, en signe de protestation, provoquant de fait la chute du gouvernement. À l’occasion des nouvelles élections en mars dernier, le parti unioniste (DUP) arrive une nouvelle fois en tête, mais les négociations en vue d’une coalition n’ayant toujours pas abouties, l’Irlande du Nord est aujourd’hui encore plongée dans un grave crise politique.

Malgré tout, à l’occasion des élections législatives britanniques de juin 2017, Theresa May conserve sa majorité uniquement grâce à un accord avec le Parti unioniste démocrate (DUP) de Mme Foster. Le 4 décembre dernier, alors que Theresa May venait de trouver un accord avec ses homologues européens sur le futur de l’Irlande, en particulier dans le cadre des accords du Vendredi saint signés en 1998, Arlene Foster a refusé de s’aligner sur cette position, craignant que cela n’éloigne l’Irlande du Nord du Royaume-Uni. Alors que rien n’est réglé, sur le plan intérieur, mais aussi sur le plan extérieur avec le Brexit, Arlene Foster sera au centre de bien des sujets aussi en 2018.

Lire aussi >>> Brexit et crise politique, tumultes en Irlande du Nord

Maryia Gabriel – Une commissaire bulgare branchée

Mariya Gabriel a été nommée Commissaire européenne à l’Économie et à la Société numériques en juillet dernier. Elle remplace sa prédécesseure bulgare, Kristalina Gueorguieva, partie pour la Banque mondiale. Dernière arrivée dans la Commission Juncker, Mariya Gabriel est également la Commissaire européenne la plus jeune. À 38 ans, celle qui a étudié à Science Po-Bordeaux devra contribuer à conclure les 24 propositions législatives émises par la Commission européenne sur la question du numérique. Encadrement des fake news, diffusion des programmes subventionnés par l’UE, négociations concernant le budget 2020-2027… la tâche s’annonce rude pour la nouvelle venue.

Mais Maryia Gabriel n’est pas une novice en politique européenne. Élue députée européenne dès 2009 pour le parti PPE auquel elle est très fidèle, elle a été particulièrement active dans les domaines de l’agriculture, des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures, et des droits de la femme et de l’égalité des genres. Son action au sein de cette dernière commission parlementaire lui a valu de recevoir en 2013 l’award du député européen de l’année dans la catégorie égalité des genres.

La jeune femme est également une pointure en termes de politique extérieure, en particulier dans les relations entre l’UE et l’Afrique. Membre de l’assemblée parlementaire UE-ACP, qui regroupe des députés européens et des représentants du groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), elle a été nommée Chef de la Mission d’observation électorale de l’UE pour les élections présidentielles et parlementaires en République démocratique du Congo, et a dirigé les délégations du Parlement européen en Tanzanie, au Soudan, au Nigeria, au Sierra Leone. Avec une telle expérience, sa nomination à la Commission européenne n’avait rien d’étonnant, et personne aujourd’hui ne doute que la Commissaire bulgare saura se placer à l’issu des élections européennes de 2019.

Sebastian Kurz – Le nouveau visage de la droite (extrême) européenne ? 

Si certains l’appellent le « Macron autrichien », Sebastian Kurz a fait un choix tout autre au moment de former son gouvernement. Au terme d’une campagne très à droite et plus de deux mois de négociations, Sebastian Kurz décide en décembre dernier de s’allier avec le parti d’extrême droite FPÖ. Si cette alliance n’est pas une surprise, ni une première en Autriche, elle vient s’ajouter à une longue liste de pays plaçant au pouvoir des eurosceptiques convaincus. D’autant plus que le FPÖ aura la charge des ministères des Affaires étrangères, de la Défense et de l’Intérieur.

Jeune certes, mais avec un discours très conservateur qui lui a permis de surfer sur la vague xénophobe de ces derniers mois. En promettant de mettre fin à l’arrivée des migrants dans son pays, il s’était déjà inscrit dans la lignée de son futur allié, Heinz-Christian Strache, le candidat du FPÖ durant la campagne.

Maintenant au pouvoir, Sebastian Kurz devra donner des gages à l’Union européenne en confirmant ses prises de position pro-européennes face au discours inverse du FPÖ. La présidence autrichienne du Conseil de l’Union européenne au second semestre de 2018 devrait lui en donner une belle occasion.

Lire aussi >>> Autriche : le FPÖ entre au gouvernement et inquiète

Emmanuel Macron – La relance française de l’Union européenne ?

2017, c’est l’année de la relance de l’Europe par Emmanuel Macron, élu président de la République française en mai dernier. Encore presque inconnu il y a plus d’un an, le jeune pro-européen a su convaincre la majorité des Français à la dernière élection présidentielle.

Ancien ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique, il milite depuis plusieurs années déjà pour une poursuite de l’intégration européenne. Durant sa campagne, l’Union européenne était ainsi une idée centrale. Jürgen Habermas avait annoncé sa potentielle victoire comme une « véritable rupture dans l’histoire de la République française depuis l’après-guerre » ; cette victoire s’est faite.

L’événement européen le plus marquant pour Emmanuel Macron cette année est sans doute son discours à la Sorbonne en septembre dernier, auquel Eurosorbonne était convié. Le président a présenté ses « projets-clés » pour relancer l’Union européenne, prônant une « Europe souveraine, unie et démocratique » sur le long-terme et misant sur plusieurs notions clés : entre autres, la sécurité, la gestion de la crise migratoire, la transition économique, la transformation numérique, l’éducation… Il a proposé ainsi la mise en place d’une force commune d’intervention, la création d’un Office européen de l’asile ou d’universités européennes mais aussi la mise en place de conventions démocratiques.

Le chef de l’État, aussi plus jeune dirigeant du G20 de l’histoire, a su également affirmer sa position sur des préoccupations mondiales comme le climat face aux renoncements des États-Unis. Pour résumé, cette élection fait de 2017 une année de transition pour la France dans le jeu de l’Union européenne mais aussi dans le jeu mondial.

Lire aussi >>> Emmanuel Macron à la Sorbonne : on y était ! 

Federica Mogherini – Le visage de la diplomatie européenne

En 2017, Federica Mogherini a été présente sur de très nombreux dossiers. Il faut dire que son poste actuel lui offre un agenda chargé. À la fois Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et deuxième vice-présidente de la Commission européenne, cette Italienne âgée de 44 ans est, sans en avoir le titre, une véritable « ministre des affaires étrangères » de l’UE.

Dans un domaine où les États membres conservent jalousement leurs prérogatives et où l’unanimité est presque tout le temps la règle, pas facile de trouver des positions communes. Celle qui a passé six mois en Erasmus à Aix-en-Provence a tout de même su trouver sa place sur plusieurs sujets. Face à Donald Trump, elle s’est montrée très ferme pour défendre l’accord sur le nucléaire iranien et a été en première ligne pour lancer la coopération structurée permanente en matière de défense (PESCO).

Soutenue par Matteo Renzi dont elle était la ministre des affaires étrangères depuis à peine six mois, elle a progressivement fait taire les critiques sur sa jeunesse et son manque d’expérience. Forte de cette ascension fulgurante, elle pourrait être la candidate des sociaux-démocrates européens à la présidence de la Commission européenne en 2019, ce qui ne déchargera pas son agenda.

Thomas Pesquet – En direct de l’espace

Dans la catégorie des Européens qui nous ont fait le plus voyager, nous demandons Thomas Pesquet. L’astronaute français de l’Agence spatiale européenne a passé 8 mois dans la station spatiale  internationale, de novembre 2016 à juin 2017. Son voyage et son séjour spatial ont été particulièrement médiatisés. Si le Français a emporté l’adhésion du public, en France et à l’international, c’est pour ses nombreux messages sur les réseaux sociaux.

Thomas Pesquet a partagé chaque jour des clichés de la planète, mettant en garde le public contre le réchauffement climatique, et rappelant que de son point de vue, les guerres de frontières sont bien dérisoires. Il a présenté des expériences menées pour l’Agence spatiale européenne, avec humour et pédagogie, de nombreux enfants sur terre ayant été invités à reproduire des expériences pour les comparer aux résultats obtenus dans l’espace.

L’astronaute de 39 ans a commencé très jeunes, selon ses dires, “à trois ans dans une navette en carton”. Après un baccalauréat scientifique, il obtient un diplôme d’ingénieur aéronautique, puis passe une année à l’école polytechnique de Montréal. Thomas Pesquet parle le français, l’anglais, le russe, l’espagnol et l’allemand, est ceinture noire de judo, et a été nommé ambassadeur de l’UNICEF pour le changement climatique et l’accès à l’eau potable en novembre 2016. Début 2018, Thomas Pesquet était déjà de retour en simulateur. Espérons qu’il continue à nous emmener dans les étoiles.

Lire aussi >>> Agence spatiale européenne : l’Europe dans les étoiles

Piotr Szczesny – L’incarnation de la résistance contre le pouvoir polonais

Le 19 octobre dernier, Piotr Szczesny, chimiste de 54 ans, s’est immolé en plein cœur de Varsovie pour protester contre un pouvoir polonais de plus en plus répressif, sous le contrôle de Jaroslaw Kaczynski. « Je proteste parce que le pouvoir limite les libertés civiques. Je proteste parce que les gouvernants enfreignent les principes de la démocratie. Je proteste en particulier contre la destruction (en pratique) du Tribunal constitutionnel et la destruction du système de tribunaux indépendants », avait-il formulé dans un acte d’accusation avant de passer à l’acte.

La Pologne a en effet mené des réformes institutionnelles qui menacent l’État de droit, la démocratie et l’indépendance de la justice. Elle a été rappelée à l’ordre par l’Union européenne à plusieurs reprises, avant que cette dernière ne déclenche l’article 7 du Traité sur l’UE, qui pourrait potentiellement priver la Pologne de son droit de vote. Cependant, cette procédure est quasi-impossible à mettre en place puisque l’unanimité des pays de l’UE est nécessaire, et la Hongrie penchera vraisemblablement en faveur de la Pologne.

Les hommages se poursuivent dans le centre de Varsovie, où des bougies et des fleurs ont été déposées devant le Palais de la culture. Dans son acte d’accusation, Piotr Szczesny écrit : « Je voudrais que le président du PiS et toute la nomenklatura du parti comprennent qu’ils sont responsables de ma mort et qu’ils ont mon sang sur leurs mains». Ce martyr était particulièrement attaché à la liberté, valeur qu’il défendait déjà dans les années 1980, au temps du Solidarnosc.

Lire aussi >>> Pologne : démission de Beata Szydlo, un nouveau Premier ministre pour quoi faire ?

Zoran Zaev – Changement de ton en Macédoine

Le social-démocrate Zoran Zaev, nouveau Premier ministre macédonien, a été l’homme des Balkans à suivre cette année. Son arrivée au pouvoir en mai signifiait la fin d’une longue période de tensions. En plus de dix ans de « règne », l’ex-Premier ministre, Nikola Gruevski, et son parti nationaliste, le VMRO-DPMNE, ont plongé le pays dans un psychodrame destructeur, marqué par des scandales de corruption et de fraudes électorales.

Le résultat des élections législatives du 11 décembre 2016 (49 sièges pour le SDSM, parti de Zaev, et 51 pour le VMRO-DPMNE) ne donnant pas de vainqueur clair, les Macédoniens ont dû attendre le 31 mai 2017 pour voir une coalition de gouvernement formée entre le SDSM et les députés issus des partis de la minorité albanaise (25% de la population). Élu par une courte majorité (62 voix sur 120),  Zaev a déclaré prendre les commandes d’un « gouvernement responsable, réformiste et européen ». Lors d’une rencontre avec Federica Mogherini et les dirigeants de 6 pays des Balkans, ce jeune économiste de 42 ans avait plaidé pour une ouverture des négociations à l’adhésion dès 2018.

Alors que la Grèce revendique pour elle-seule le nom de « Macédoine », ce contentieux semble aussi en passe d’être résolu. Avec un agenda chargé de rencontres, les discussions bilatérales avec Athènes sont déjà ouvertes. Les relations avec la Bulgarie ont connu aussi une nette amélioration, avec la signature le 1er août 2017 d’un accord d’amitié, de bon voisinage et de coopération, ratifié par le Parlement macédonien le 15 janvier 2018.

Lire aussi >>> L’élargissement européen dans les Balkans occidentaux

Daphné Caruana Galizia – Le combat sans faille 

La journaliste maltaise Daphné Caruana Galizia, est une femme qui a sans conteste marqué l’année 2017. Engagée dans une lutte acharnée contre la corruption et le manque de transparence dans son pays, elle était régulièrement à l’origine de révélations scandaleuses sur les méfaits des puissants au sein de l’île. Connue comme le loup blanc dans les hautes sphères son engagement lui a valut la vie. Elle meurt le 16 octobre dernier dans l’explosion de sa voiture. L’enquête toujours en cours ne laisse aucun doute sur la nature de cet acte. Si l’auteur de son assassinat n’est pas encore connu, les doigts pointent vers des protagonistes de la classe politique maltaise ou des trafiquants de pétrole qui avaient été exposés dans des enquêtes de la journaliste.

L’état interne de son pays, a fait de la journaliste une fervente défenseure de l’Union Européenne. Elle considérait que l’institution était un garde fou remarquable et qu’elle poussait les pays à se débarrasser du spectre de l’obscurantisme politique. Elle se faisait un devoir de mettre à jour les agissements des dirigeants. Du trafic que drogue au crime organisé, rien n’échappait au radar de Caruana Galizia. Elle le disait d’ailleurs elle-même « il n’y a pas de petit scandale », elle ne supportait pas l’injustice et se battait pour que l’illégalité « cesse d’être récompensée » sur son île et par extension, dans le monde.

De Daphné Caruana Galizia on retiendra notamment, son active participation à Wikileaks, site sur lequel elle publiait régulièrement mais aussi son blog personnel qu’elle approvisionnait sans cesse, mettant en ligne jusqu’à 500 articles par mois. La journaliste était reconnue par la communauté internationale et sa mort a indigné aussi bien ces collègues que la population civile maltaise et mondiale. Sa disparition tragique a également relancé l’intérêt de site tel que « Forbidden Stories » qui permet aux journalistes de sauvegarder leurs recherches en ligne pour que leurs travaux ne disparaissent pas avec eux.

Lire aussi >>> Malte : Une journaliste retrouvée morte après avoir mis en lumière les secrets fiscaux de l’île

Par Elena Blum, Noémie Chardon, Lou Counil, Elena Druck,

Nicolas Filippi, Corentin Gorin, Josselin Petit et Maria-Christina Sotiropoulou.

Multiple

Toute l'équipe du journal d'Eurosorbonne se réunit pour vous proposer des articles de fond vraiment exhaustifs.

Multiple

Toute l'équipe du journal d'Eurosorbonne se réunit pour vous proposer des articles de fond vraiment exhaustifs.

Laisser un commentaire