Accord UE-Mercosur : l’Europe en quête de l’Eldorado

Les négociations durent depuis 1999, mais l’Union Européenne et le Mercosur seraient sur le point de conclure un accord de libre-échange qui permettrait d’abaisser les barrières tarifaires et douanières. Les Européens voient une fenêtre de tir historique dans le protectionnisme américain, qui pousse les pays d’Amérique latine à chercher d’autres débouchés pour leurs exportations.

Le Mercosur (Mercado Común del Sur) est un marché commun regroupant quatre pays (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) qui ensemble représentent la 7ème économie mondiale, un PIB annuel de 2200 milliards d’euros, ainsi qu’un marché de plus de 260 millions de consommateurs auquel l’UE tente d’accéder plus facilement depuis 19 ans.

L’accord prévoirait une réduction des droits de douane européens pour plusieurs produits stratégiques des membres du Mercosur, en particulier le sucre, l’éthanol et la viande bovine. L’UE obtiendrait en retour un allègement des droits de douane, très élevés actuellement, essentiellement pour ses vins, fromages, lait, voitures, pièces détachées, cosmétiques, produits chimiques, machines-outils, textile et parapharmacie.

En Europe, agriculteurs et écologistes ensemble contre l’accord

Le projet rencontre des oppositions féroces au sein de l’Union, en particulier les agriculteurs français qui dénoncent une concurrence déloyale et des risques sanitaires. Ils craignent de devoir aligner leurs prix sur ceux des pays du Mercosur pour ne pas perdre leur marché et soulignent les normes moins rigoureuses de ces pays sur la nourriture, les antibiotiques et les abattoirs. 20 à 25 000 exploitations agricoles françaises seraient menacées par cet accord, d’après les syndicats d’agriculteurs.

C’est la filière bovine qui est la plus mobilisée : la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) rappelle ainsi que les trois quarts de la viande bovine importée dans l’UE proviennent déjà des pays du Mercosur, soit 200 000 tonnes chaque année qui s’ajoutent aux 65 000 tonnes annuelles de viande bovine canadienne liées au CETA.

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Or l’agriculture française n’est pas la seule à refuser le mariage. Les agriculteurs belges se mobilisent aussi car leur situation est déjà très critique : en 30 ans, la Belgique a perdu 68% de ses exploitations agricoles. En Irlande, l’élevage du bœuf apporte chaque année 2,5 milliards d’euros à l’économie du pays, déjà échaudé par le Brexit qui risque de lui restreindre l’accès au marché britannique.

Les ONG rappellent aussi que les agriculteurs sud-américains sont particulièrement friands du glyphosate, herbicide très controversé car potentiellement cancérigène. Elles critiquent enfin l’opacité des discussions et l’absence de contrôle des citoyens sur les mandats de négociation.

Une agriculture brésilienne secouée par le scandale

Les opposants rappellent notamment un scandale sanitaire retentissant : en mars 2017, des raids dans vingt abattoirs et entreprises d’emballage avaient révélé la présence de salmonelle dans certaines volailles et l’injection d’acide sorbique dans des viandes avariées afin de les rendre plus présentables et les commercialiser. Les multinationales de l’agroalimentaire BRF et JBS ont depuis reconnu avoir corrompu des agents du ministère de l’agriculture, des fonctionnaires et des politiciens.

Des emplois et des normes, promet Bruxelles

Dans ce contexte, les agriculteurs français en appellent au Président, mais le discours a changé. Alors qu’en octobre dernier, Emmanuel Macron ne voulait pas se précipiter « pour négocier un accord avec un mandat de négociation donné en 1999 », il a déclaré fin janvier que l’accord pouvait « être bon pour les deux parties » et qu’il fallait essayer de le « finaliser rapidement ».

La Commission affirme que les exigences sanitaires européennes et le principe de précaution demeureront inchangés et assure que près de 4 milliards d’euros de droits de douane par an devraient être économisés grâce à la signature de l’accord, contre 500 millions « seulement » pour le CETA.

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Bruxelles a également établi que la France profiterait considérablement de l’abaissement des droits de douane pour ses exportations de cosmétiques, produits chimiques, vins et spiritueux. La Commission veut aller vite car l’accord doit impérativement être conclu avant le début de la campagne présidentielle brésilienne à la fin du mois du mars, sous peine de voir sa signature repoussée à mi-2019.

Le Mercosur transformé ou défiguré ?

Mais la contestation monte aussi en Amérique latine, car les associations dénoncent des catastrophes écologiques à venir. En 2016, ce sont déjà 37 000 km2 de terres de la forêt amazonienne qui ont été perdus d’après Greenpeace à cause du développement de l’élevage et de la culture du soja. L’accord UE-Mercosur pourrait ainsi accélérer la déforestation en facilitant les exportations.

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Bruxelles défend aussi à toux prix les AOC européennes alors que beaucoup de produits sud-américains sont commercialisés sous l’étiquette « type camembert » ou « façon brie ». Le respect des normes européennes obligerait certes les producteurs à se défaire de cette image de marque mais pourrait favoriser l’émergence d’AOC sud-américaines.

Un accord qui en annonce d’autres

Malgré ces craintes, l’accord UE-Mercosur semble constituer un modèle pour les deux parties : l’Union compte ainsi ouvrir les discussions pour la signature d’accords bilatéraux avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, tandis que le Mercosur compte faire de même avec le Canada. Des deux côtés de l’Atlantique, les accords commerciaux n’ont pas fini de faire les gros titres.

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