Pourquoi plus d’européens devraient se présenter aux élections européennes en dehors de leur pays natal

Il est plus ou moins commun que des candidats provenant d’une certaine partie d’un pays se présentent à une élection dans une autre circonscription. Pour ceux d’entre vous familiers de la politique finlandaise, Paavo Väyrynen est un bon exemple : d’origine lapone, Väyrynen s’est fait élire député aussi bien en Laponie qu’en Uusimaa, une circonscription située près d’Helsinki. Ce genre de mobilité commence maintenant à se développer à l’échelle européenne, une tendance dont nous devons nous réjouir. Article originellement publié en anglais par notre partenaire The New Federalist, version française pour Le Taurillon.

Pourquoi est-ce différent au niveau de l’UE ?

Il existe deux raisons principales pour lesquelles, quarante ans après la première élection du Parlement européen au suffrage universel direct, peu de candidats aux élections européennes sont mobiles, c’est-à-dire transnationaux. Le mot “transnational” révèle la première raison. Instinctivement, on a tendance à penser que l’on est mieux représenté par un politicien de sa propre nationalité, et que seul(e) un(e) compatriote peut vraiment nous comprendre et comprendre nos besoins.

Or, cela n’est pas toujours le cas : un adhérent du Parti pirate finlandais m’a dit une fois qu’il considérait Julia Reda, l’eurodéputée allemande pirate, comme sa vraie représentante au Parlement européen. Étant donné l’absence d’une circonscription paneuropéenne, il n’avait pas bien sûr pas eu la possibilité de voter pour elle. Cependant, parmi les 751 eurodéputés, c’est à Julia Reda qu’il pouvait le mieux s’identifier. Si je devais citer mon eurodéputé préféré, il est vraisemblable que je ne choisirais pas un Finlandais non plus.

La barrière de la langue présente des problèmes évidents, mais heureusement, nous sommes en train de la surmonter peu à peu. Néanmoins, ce qui est encore plus difficile pour un candidat que l’apprentissage de la langue locale, c’est l’acquisition d’une compréhension profonde de la culture politique locale et des préoccupations des citoyens. Moins un candidat comprend cela, plus il est probable qu’il commette des gaffes honteuses pendant la campagne électorale.

Cela nous amène à la deuxième explication, à savoir la faiblesse de la sphère publique paneuropéenne. Passer d’une région à l’autre devient plus facile avec davantage de débat européen, et par conséquent plus d’informations sur les attitudes du public, les sentiments tus, et les controverses principales dans des endroits différents. Mais tout cela ne doit pas effacer la nécessité de connaître son électorat : quand Paul Nuttall, l’ancien leader de UKIP, le parti souverainiste britannique, n’a déménagé dans la ville de Stoke qu’après le début de sa campagne dans la circonscription, il n’a pas été bien reçu. [1] Pourtant, un débat paneuropéen rend la tâche beaucoup plus facile. Puisqu’il existe une forte sphère publique finlandaise, Paavo Väyrynen n’a pas mis longtemps à s’installer avant de se porter candidat dans le sud de la Finlande.

D’un autre côté, grâce à la force de la sphère publique finlandaise (et le fait que Paavo Väyrynen soit une figure culte de la politique finlandaise), Väyrynen était déjà bien connu des électeurs de la circonscription d’Uusimaa quand il a annoncé sa candidature. Au niveau européen, des exemples de candidats bien connus en dehors de leur pays natal sont rares, mais cela peut changer au fil du temps.

D’une politique internationale vers une politique européenne transnationale

Une fois que les eurodéputés sont élus, ils sont regroupés en fonction de leur idéologie politique plutôt que leur nationalité. Avant les élections, par contre, nous sommes toujours enfermés dans nos frontières nationales (Ari Vatanen, l’ancien pilote de rallye finlandais qui représentait le sud-est de la France au Parlement européen de 2004 à 2009, constitue une exception). Pour les élections de 2019, certains candidats et mouvements rompent plus délibérément et systématiquement avec cette idée. L’exemple le plus proéminent : l’ancien ministre grec des Finances, Yánis Varoufákis, a récemment déclaré se présenter aux élections européennes en Allemagne, sous la bannière du nouveau mouvement DiEM25. Lors de son annonce, Varoufákis a déclaré que cette candidature “incarne la nouvelle politique transnationale dont nous avons besoin en Europe”.

Du fait des confrontations autour de l’opération de sauvetage fiscal de la Grèce pendant la crise de l’euro, Varoufákis est l’un des politiciens étrangers les mieux connus en Allemagne. [2] Étant donné qu’il n’existe pas de seuil électoral dans cette circonscription allemande qui comprend 96 eurodéputés, il est tout à fait probable que Varoufákis sera élu. De manière générale, DiEM25 a proclamé que ses membres peuvent se présenter sous la bannière de n’importe quelle branche nationale du parti, quelle que soit leur nationalité. La plupart des candidats transnationaux, cependant, compteront probablement davantage sur la réputation du mouvement plutôt que sur leur célébrité individuelle.

Une tendance positive pour l’Europe

Les candidatures transnationales sont une bonne chose, pour des raisons similaires à celles pour lesquelles une circonscription européenne (ou ‘listes transnationales’) permettrait à l’UE de mieux fonctionner. Il est présumé (bien que cela ne soit pas automatiquement le cas) que les candidats provenant d’un autre pays ont une perspective plus large, et qu’ils sont moins prédisposés à finir par discuter de la politique nationale plutôt que des sujets dépendant du Parlement européen. Dans le même temps, ces candidats démontrent aux Européens qu’ils peuvent s’identifier à des candidats nationalité différente de la leur, et être représentés par eux. C’est une nouvelle façon de promouvoir une identité européenne qui, à son tour, nous libère de nombre d’anxiétés existentielles dans un monde où les Européens ont tout intérêt à travailler ensemble, que cela leur plaise ou non. Troisièmement, les candidats transnationaux aident la campagne électorale à s’accorder avec la réalité du travail quotidien du Parlement européen, et à apporter une dimension démocratique transnationale à la campagne électorale, dimension qui existe déjà au sein du Parlement européen lui-même.

Assez logiquement, la majorité des candidats et eurodéputés d’un pays donné demeureront des candidats “locaux”, étant nés et ayant grandi dans la région. Parmi les sept députés finlandais représentant la Laponie, six y sont nés. Cependant, alors que l’intégration européenne s’intensifie, il est de plus en plus injustifié qu’il n’existe pratiquement aucune mobilité à l’échelle européenne. Aujourd’hui, nous travaillons, nous nous marions et nous déménageons au-delà des frontières, donc pourquoi ne pourrions-nous pas aussi être élus n’importe où dans l’Union européenne ? Nous avons déjà la libre circulation des personnes : le temps est à présent venu pour une libre circulation des représentants.

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