Que s’est-il passé en Europe cette semaine ? (28.01 – 03.02)

Élections européennes : les stratégies se précisent pour LREM, le RN et les libéraux européens 

En France, la campagne pour les élections européennes s’accélère. À droite, François-Xavier Bellamy a été nommé, ce premier février, tête de liste Les Républicains par Laurent Wauquiez. Professeur de philosophie et élu de Versailles, il est surtout identifié comme un homme politique conservateur, notamment par sa proximité avec La Manif pour Tous et ses prises de position contre l’IVG. Avec cette candidature clivante, Laurent Wauquiez fait basculer la stratégie des Républicains un peu plus vers la droite. Un choix qui a été critiqué par plusieurs membres des Républicains, comme Christian Estrosi, Rachida Dati ou Eric Woerth.

Le Rassemblement National et La République en marche sont en tête des intentions de vote — avec respectivement 22% et 20% des voix, selon un sondage OpinionWay-Tilder. À quatre mois des élections, les deux partis en pole position affinent leur stratégie électorale, puisque dorénavant la liste électorale est nationale. Selon ce même sondage, les estimations du taux de participation seraient d’autour de 40%. Sans surprise, ce sont les personnes âgées, les diplômés et les classes supérieures qui iront le plus voter. 

À l’échelle européenne, trois partis libéraux ont accéléré leur campagne et pourraient être des alliés de poids à La République en marche. En Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas, des candidats progressistes ont été désignés en tête de liste. Nicola Beer, tête de liste du Parti libéral allemand (FDP), plaide pour une Europe comme un « havre de paix, de liberté et de droit ». Ces trois partis devraient s’associer à La République en Marche ou à Ciudadanos, devenant la troisième force du Parlement européen.

Brexit : le parlement britannique vote une nouvelle négociation, l’UE reste ferme 

C’est mardi 29 janvier que les députés britanniques ont tranché : ils ne veulent ni d’une sortie sans accord, ni  d’un filet de sécurité (« backstop ») entre l’Angleterre et l’Irlande. De son côté, l’UE accélère les préparatifs pour un « no deal ». 

Le 15 janvier, les parlementaires britanniques avaient rejeté à 432 voix (contre 202) le Brexit négocié par Theresa May avec les parlementaires européens. Ce rejet massif représentait un échec politique pour Theresa May, et plongeait le Royaume-Uni encore plus dans la crise du Brexit.

Le 29 janvier, les députés ont adopté de justesse des amendements afin de rouvrir les négociations pour le Brexit. Le premier exclu la sortie du Royaume-Uni de l’UE « sans accord de retrait et sans cadre pour les relations futures » (à 318 voix contre 310). Le deuxième, portant sur la frontière irlandaise, rejette le rétablissement d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, ce qui couperait le pays en deux et complexifiait à outrance la circulation de biens et de personne. Enfin, le report du Brexit en cas de non-accord a été rejeté à 322 voix contre 290. Il n’y aura donc ni extension du délai du Royaume-Uni pour sortie de l’Europe, ni « no deal ». 

Face à ce nouveau vote, l’UE reste ferme et se prépare pour un Brexit sans accord. Michel Barnier, le négociateur européen en charge du Brexit, comme Donald Tusk, président du Conseil européen, ont affirmé que l’accord conclu avec Theresa May ne serait pas renégociable. 

La commission européenne s’attaque à la lutte contre la désinformation et les « fake news » 

Jeudi 26 avril, la Commission européenne a publié une communication afin de lutter contre la manipulation et la désinformation en ligne. La Commission propose un projet ambitieux : l’élaboration, à l’échelle de l’UE, d’un « code de bonnes pratiques » contre la désinformation. Ce code devrait se concentrer sur la garantie de la transparence du contenu sponsorisé, l’installation de mesures pour faire fermer les faux comptes, et l’explicitation du fonctionnement des algorithmes. De plus, la Commission souhaite apporter son soutien à un « réseau indépendant de vérificateurs de faits », ainsi que de promouvoir le journalisme de qualité et l’éducation à l’esprit critique. 

L’enjeu de la lutte contre les « fake news » prend de plus en plus d’ampleur. En 2015, 71% des internautes français s’informaient grâce aux réseaux sociaux, là où les fake news se propagent le plus rapidement (sondage AERCEP pour le « Baromètre du numérique 2015 »). Dans la dernière enquête Eurobaromètre, 83% des personnes interrogées déclaraient que les fausses informations représentaient un danger pour la démocratie. Pour aller plus loin, vous trouverez ici les rapports de Freedom House sur la liberté d’internet en 2017, sous forme de carte interactive. 

Le communiqué de la Commission intervient dans un moment crucial de nos sociétés démocratiques : celui de l’exploitation de nos données personnelles dans des contextes politiques ou électoraux. Ce communiqué intervient un an après plusieurs scandales qui ont attiré les soupçons sur l’utilisation de nos données par les géants des réseaux sociaux. Par exemple, la société Cambridge Analytica a recueilli, dès 2014, les données personnelles de 87 millions d’utilisateurs Facebook américains afin d’influencer les votes en faveur de Donald Trump. Il faut aussi rappeler qu’au Royaume-Uni, la campagne « Leave » pour le Brexit avait aussi sollicité ses services.

Venezuela : l’Union Européenne affirme son soutien à l’opposant Juan Guaido

Le Parlement européen a reconnu Juan Guaido comme président par intérim du Venezuela, puisque Nicola Maduro a rejeté l’ultimatum de l’UE qui le sommait d’organiser de nouvelles élections présidentielles. Cette décision a été affirmée par la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, mais aussi par le président du Parlement européen, Antonio Tajani. De plus, le Parlement a réclamé la libération de journalistes européens arrêtés au Venezuela – une équipe de l’Agence EFE et une équipe du Quotidien.

Sous le régime de Nicola Maduro, le Venezuela souffre d’une crise économique et politique profonde. Pourtant une nation pétrolière, le Venezuela a vu son PIB réduit de 50%, le salaire minimum de 80%, et 3 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays, soit 10% de la population. Les manifestations amorcées en 2014 se sont soldées par une répression féroce de la part du régime — de 2014 à 2017, on compte 115 morts, et 4500 interpellations. 

Juan Guaido a remercié l’UE pour son soutien, et ses partisans appellent eux aussi à de nouvelles élections. Cependant, la menace d’une guerre civile encore plus destructrice est encore présente : l’ambassadrice du Venezuela à l’UE, Claudia Salerno, estime que Bruxelles pourrait plonger le pays dans la guerre civile, et appelle à apaiser le conflit.

L’entrée en vigueur de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Japon crée un des plus grands marchés du monde

L’accord, signé en juin dernier à Tokyo par le président de la Commission européenne Jean-Claude Junker, crée un marché de 635 millions de consommateur, représentant 30% de PIB mondial. Il normalise les rapports commerciaux entre l’UE et le Japon, et ouvre la voie à une libération plus complète. De plus, cet accord veut envoyer un signal fort aux grandes puissances économiques que sont la Chine et les Etats-Unis. 

L’accord est entré en vigueur le premier février 2019. Il prévoit la suppression des taxes douanières entre l’UE et le Japon — le Japon prévoit en effet de supprimer 97% des droits de douane sur les marchandises importées de l’UE. De plus, l’accord supprime des obstacles non-tarifaires : il approuve les normes internationales en matière d’automobile, un secteur clé autant pour l’UE que le Japon 

Cet accord prévoit donc une coopération et un libéralisme renforcé, en matière d’économie, de libre-échange, mais aussi d’environnement et de protection des données. Il intervient dans un contexte de « mondialisation désordonnée » selon Franck Proust, eurodéputé PPE (droite), où les Etats-Unis de Donald Trump s’enferment dans le protectionnisme et le Brexit plonge l’Europe dans une crise politique. 

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