OTAN-UE : Une relation sur la défensive

Souvent comparées, souvent décriées, l’OTAN et l’UE sont deux organisations qui ont façonné l’Europe. Pourtant, un pays a déterminé leur destinée : les États-Unis. Toujours influente, la puissance américaine a constamment su tirer profit des crises. Néanmoins, les relations se tendent et le géant perd de son influence… Un article de Voix d’Europe.

L’OTAN ou l’hégémonie américaine

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord a été créée en 1949 afin d’établir une alliance dirigée par les États-Unis contre l’Union soviétique. En pleine Guerre froide, les Américains voulaient asseoir leur défense en Europe et sécuriser les frontières au « Rideau de Fer ».

Le principe de l’OTAN : son article 5. Il consiste à dire que si un des pays de l’OTAN est attaqué, tous les autres doivent se considérer comme attaqués et donc venir en aide. Cette défense collective, très honorable, était principalement en vue de soutenir les États-Unis en cas d’attaque soviétique.

L’OTAN compte une partie militaire, proprement dédiée à la défense, et une partie politique, bien plus enclin à la diplomatie. Si officiellement les Européens et les Américains se partagent la tête de l’organisation, dans les faits les États-Unis dirigent toute l’organisation. Ils sont d’ailleurs les plus gros contributeurs au budget avec une participation à hauteur de 22%. L’Allemagne et la France suivent avec respectivement 14% et 10% de contribution au budget total de l’OTAN.

L’UE ou la défense imaginaire

La Communauté européenne a toujours eu du mal avec la création d’une défense. Peut-être traumatisée par ses deux guerres, les pays européens ont préféré privilégier l’économie, le social et le monétaire. Pourquoi se créer une défense quand le but est de faire la paix ?

L’existence de l’OTAN a également eu un impact, principalement avec les vetos, tout d’abord de Charles de Gaulle, puis du Royaume-Uni à la création d’une Communauté européenne de la défense (CED) mais pour des raisons bien opposées. Le Général De Gaulle voulait empêcher l’intrusion des Américains dans les affaires européennes alors que les Britanniques ne voulaient pas trahir leur cher allié outre-Atlantique en établissant une défense sans les États-Unis.

A la fin de la Guerre froide, l’UE a mis en place la PSDC (politique de sécurité et de défense commune). Modifiée, légèrement améliorée, cette politique de défense n’a jamais trouvé le succès et reste toujours au second plan aujourd’hui.

Le contexte du terrorisme et de l’immigration illégale de masse ainsi que la prochaine sortie du Royaume-Uni relancent l’idée d’une vraie défense européenne.

OTAN et UE : une compétition ?

Tous les pays de l’OTAN ne font pas partie de l’UE et pourtant l’Alliance atlantique n’a pas la puissance qu’elle pourrait avoir avec ses 29 membres. Une vraie question se pose aujourd’hui : à quoi sert l’OTAN ?

La Guerre froide est finie, tous les pays européens et les États-Unis entretiennent des relations (bonnes ou cordiales dira-t-on) avec la Russie. Le but originel de l’OTAN est donc terminé. En 2001, après les attaques du 11-septembre, tous les pays de l’OTAN n’ont pas suivi les États-Unis en Afghanistan malgré l’article 5. L’OTAN n’a pas été utile dans les guerres menées par la puissance nord-américaine.

Les États-Unis veulent garder leur « arrière-cour » européenne et la main mise sur sa défense comme le sauveur qu’ils ne sont plus.

L’UE s’est concentrée sur l’économie et a prolongé la vie de l’OTAN. Nous pouvons même dire que les deux organisations se complétaient. Mais une défense de l’UE terminerait l’OTAN.

L’OTAN vit ces difficultés depuis près de 20 ans. Les choses se sont néanmoins accentuées avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. Réfléchissant (si réelle réflexion il y a…) comme un businessman, il n’a cessé de lancer des piques à l’encontre de l’UE et de l’Alliance Atlantique. Il remet en cause la haute participation budgétaire américaine pour peu de bénéfices. Ses arguments tournent principalement autour de la protection des États-Unis, beaucoup trop importante selon lui, envers l’Europe. En résumé, selon lui et dans son idéologie « America first« , les Américains paient pour l’Europe. Cela peut paraître vrai mais il oublie que c’est son pays qui a créé l’OTAN pour se protéger lui-même.

L’OTAN est menacé au niveau de son influence, au niveau de son budget, au niveau de son infrastructure. Il est, en plus, un point de bataille entre l’Europe et les États-Unis, qui ne sont plus du tout sur la même longueur depuis l’ère Trump. Jadis un ciment de la relation transatlantique, l’OTAN est à l’image des relations actuelles : en stand-by.

L’OTAN est en perte de vitesse. Cependant, l’indécision de l’Union européenne et la crise qu’elle subit depuis quelques années lui donne du sursis. L’OTAN va-t-elle continuer ? Avec ou sans le soutien des États-Unis ? Trump va-t-il mettre aux oubliettes ses alliés européens ? A suivre.

Crédit photo : U.S. Department of State

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