Brexit : pourquoi, comment, et maintenant ?

Le 23 juin dernier, 51.9% des électeurs du Royaume-Uni ont choisi de mettre fin à quarante-trois ans d’adhésion à l’Union européenne (UE). Avec une participation estimée à 72.2%, le camp du « Leave » l’a emporté, obligeant David Cameron à quitter son poste de Premier Ministre.

Depuis l’issue du referendum, la Conservatrice Theresa May est à la tête du Cabinet, et a exprimé sa volonté de mener la procédure de sortie de l’UE à son terme. Même si l’article 50 du Traité sur l’UE n’a pas encore été activé, les conséquences du 23 juin sont lourdes, multiples et cumulatives, affectant d’une part les politiques intérieures des Etats membres, d’autre part l’UE dans son ensemble.

Le Brexit, ou l’apogée de l’euroscepticisme

La victoire du « Leave » est bien moins une surprise que le signe incontestable d’un euroscepticisme marqué au Royaume-Uni, emmené par le parti anti-européen UK Independence Party (UKIP). Mais il serait faux d’affirmer que l’euroscepticisme est un phénomène uniquement anglais : il est omniprésent, généralisé, incorporé dans l’UE, et perceptible via plusieurs canaux.

L’opinion publique est l’un des premiers indicateurs clés concernant la perception de l’UE par ses citoyens : en 2013, 56% des citoyens européens affirmaient n’avoir « plutôt pas confiance » en l’UE et 52% des sondés avaient le sentiment que « leur voix ne comptait pas » dans l’UE (Eurobaromètre, 2014).

Les partis politiques et mouvements populaires jouent un rôle également crucial : d’extrême-droite ou d’extrême-gauche, ils sont nombreux à rejeter l’UE. A l’extrême-droite, Alternative fur Deutschland (AFD) en Allemagne, Freiheitliche Partei Osterreichs (FPO) en Autriche, le Front National (FN) en France ou encore UKIP au Royaume-Uni ont tous obtenu des scores notables au cours de l’année 2016. Cet euroscepticisme se propage aussi au sein des partis et mouvements radicaux de gauche : le Parti Communiste ou Lutte ouvrière en France, le Parti Communiste grec ou le Parti de Gauche en Suède promeuvent des idées anti-européennes.

Les résultats des différents référendums sur l’UE illustrent une profonde division entre les Etats membres. Après les rejets français et néerlandais du Traité sur la Constitution européenne en 2005 et celui de l’Irlande sur le Traité de Lisbonne en 2008, le refus en octobre dernier des Hongrois d’appliquer les quotas de réfugiés imposés par Bruxelles est un signe de plus de défiance profonde envers les directives de l’UE, défiance qui s’observe depuis les années 1990.

Aussi, loin d’être une surprise, le Brexit semble au contraire n’être que le catalyseur des fragilités que l’UE a développé depuis le Traité de Maastricht. Des divisions entre Etats membres à ce sujet, puis passant par l’élargissement « Big Bang » de 2004, la récession de 2008 et enfin la crise des réfugiés, le vote des Britanniques s’inscrit dans une suite logique de méfiance envers l’UE.

Brexit, kezako ?

Depuis le Brexit, l’UE occupe une place toujours plus croissante dans le débat politique intérieur des Etats membres, en tant que sujet à part entière. Le discours des groupes politiques au gouvernement ou dans l’opposition est davantage critique envers l’UE. On entend désormais parler de « Frexit » ou d’ « Irexit ». Le referendum pourrait ainsi servir de tremplin à de nouvelles sorties de l’UE, accentuant sa perte de légitimité et de soft power.

Au niveau institutionnel, une réforme de la Commission européenne s’envisage, pour une division plus marquée entre celle-ci et le Conseil européen : le rôle de la Commission pourrait être revu à la baisse et laisser plus de pouvoir au Conseil européen, jugé plus proche des citoyens.

Toute procédure d’élargissement semble impossible pour le moment, laissant place à un nouvel agenda européen encourageant des réformes, concernant notamment l’espace de libre circulation Schengen ou encore la PAC (40% du budget de l’UE pour 2014-2020), actuellement bloquée par la France.

Le Brexit a donc placé l’UE au cœur des préoccupations : de plus en plus d’Etats membres envisagent de la quitter, ce qui ne fait que souligner le manque d’efficacité de l’UE au niveau global. Mais on peut aussi envisager le Brexit non comme un contrecoup, mais davantage comme une opportunité que doivent saisir l’UE et ceux qui continuent de la défendre pour améliorer la transparence des institutions européennes, clarifier la position des Etats membres en ce qui concerne l’espace Schengen de libre circulation, et tirer profit du divorce avec le Royaume-Uni, qui, à bien des égards, n’a jamais vraiment pris part au « projet européen ».

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