UE-Afghanistan : vers un retour forcé des migrants ?

Alors que les guerres ne cessent d’atteindre les pays du Moyen-Orient, l’Europe doit, chaque jour, faire face à de nouveaux flux migratoires et trouver de réelles solutions pour les réfugiés en quête d’un nouveau lieu paisible. Mais en octobre dernier, l’Union européenne a – en toute discrétion – signé un accord avec le gouvernement afghan, favorisant le retour « forcé » des réfugiés afghans présents sur le sol européen. Explications.

Le 5 octobre dernier, à Bruxelles, une conférence sur l’Afghanistan a été organisée par l’Union européenne et le gouvernement afghan. Elle s’est conclue par le renouvellement du partenariat souhaitant « la prospérité et la paix entre le gouvernement d’Afghanistan et la communauté internationale ». Alors que 70 pays et plus de 20 organisations étaient présents lors de cette conférence, de nombreuses ONG craignaient déjà que les migrants soient utilisés comme monnaie d’échange.

Mais ce n’est que quelques mois plus tard que l’on a appris qu’un accord avait été signé avec l’Afghanistan le dimanche 2 octobre 2016, veille de cette conférence, facilitant le retour forcé des ressortissants s’étant vus refuser l’asile en Europe. En échange, les États membres se doivent de contribuer financièrement au développement économique et politique du pays, ravagé depuis des années par les nombreuses guerres civiles. L’accord prévoit une aide à hauteur de 1,3 milliards d’euros par an, jusqu’en 2020. Une contrepartie importante pour les pays européens !

Mais la migration des Afghans en Europe est pourtant ancienne. Elle s’est faite dès les années 70 lors du coup d’État communiste, puis l’invasion de l’Armée rouge. En 2002, lorsque le régime des talibans est tombé, des millions d’Afghans ont décidé de rentrer chez eux pour tenter de reconstruire leur pays. Mais cette reconstruction n’avance pas et les violences ne cessent d’augmenter dans un pays toujours en guerre. Le départ des forces internationales en 2014 n’a fait qu’envenimer la situation. De nombreux Afghans ont à nouveau fui le pays, évitant l’Iran et le Pakistan qui ne souhaitent plus les accueillir, tentant d’entrer en Europe. Les départs sont massifs. On compterait – au total – plus de 5 millions d’Afghans qui vivraient hors de chez eux (dont plus de la moitié ayant obtenu le statut de réfugié principalement en Inde et au Pakistan).

Et comme l’a indiqué en juin dernier le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, « c’est seulement lorsque les réfugiés afghans ont commencé à arriver en Europe avec d’autres réfugiés que la communauté internationale s’est soudainement souvenue de leur existence ». Mais cette « existence » semble peser en Europe. Selon Eurostat, plus de 180 000 ressortissants afghans ont demandé l’asile en 2015 dans l’UE, devenant alors la plus importante nationalité après les Syriens.

Diviser pour mieux régner

Dans ce pays où l’instabilité politique persiste, l’accord avec l’UE continue de diviser l’Afghanistan. Il est nécessaire de mentionner que ce dernier n’a toujours pas été signé par Sayed Balkhi, le ministre afghan des réfugiés et des rapatriés mais seulement paraphé par sa vice-ministre. Depuis des mois, le ministre tente d’interpeller l’Europe et demande l’arrêt des expulsions forcées et l’enregistrement de tous les réfugiés afghans au même titre que les Syriens.

Baptisé Joint Way Forward on Migration Issues, l’accord n’a pas été rendu public. Maja Kocijancic, une porte parle de l’UE, a voulu rassurer les ONG en affirmant que celui-ci ne concernerait que les demandeurs d’asile « une fois toutes les procédures épuisées ». Mais alors que l’Union européenne prévoit de forcer Kaboul à accepter – pour l’instant – le retour de 80 000 Afghans, en les menaçant de réduire les aides, cet accord est aujourd’hui toujours sans réelle valeur juridique. En effet, le texte n’a pas encore été validé par le Parlement européen. Et ce genre de deal n’est pas nouveau. Le dernier en date, entre la Turquie et l’UE, en mars 2016, autorise l’expulsion de la majorité des migrants, y compris des demandeurs d’asiles venus en quête de protection internationale.

Welcome back home

La plupart des ONG et associations de défense des droits de l’homme qualifient cet accord d’ « irresponsable ». Ouvrages, articles de presse et témoignages révèlent qu’au cours de ces dernières années les dangers persistent en Afghanistan. Les jeunes se retrouvent confrontés aux forces militaires, aux milices locales, mais surtout aux groupes armés djihadistes. Mais lors de la signature de ce texte, l’UE a affirmé que certains endroits dans le pays n’étaient pas dangereux.

D’autres associations démontrent aussi que la plupart des réfugiés seront expulsés dans un pays qu’ils ne connaissent pas. Bien trop souvent, ils sont nés dans des camps de réfugiés au Pakistan ou en Iran, puis directement arrivés en Europe. Pour l’instant, rien n’est prévu pour l’accueil des réfugiés. Alors que les moyens sont inexistants pour le retour des Afghans, le pays doit aussi faire face au retour massif des réfugiés rentrés des pays voisins.

D’après l’AFP, le texte prévoit d ’ « explorer la possibilité de construire à l’aéroport de Kaboul un terminal dédié aux retours ». Toujours selon ce même accord, le nombre de ressortissants serait « limité à 50 par vol lors des six premiers mois suivant la signature de la déclaration ».

Des campagnes préventives

Les États membres ont tous réagi différemment face à cet accord. Alors que certains y voient un moyen facile d’expulser les demandeurs d’asile de leur territoire ou d’empêcher de nouvelles arrivées, d’autres tentent de trouver des solutions. Pour l’instant, la France ne prévoit pas de renvoyer les ressortissants afghans présents sur son territoire, mais la Norvège procède à des retours forcés vers le pays.

De son côté, l’Autriche mène une importante campagne d’information visant à empêcher les migrants de se rendre sur le territoire européen. Un grand quotidien autrichien, Kurier, a dénoncé cette campagne en publiant les photos et leurs traductions. Ces affiches publicitaires sont placardées dans les rues, sur les bus et dans les journaux, en plein cœur des grandes villes afghanes.

« L’asile en Autriche est très stricte » « En Autriche, le demandeur d’asile peut faire venir sa famille que trois ans après »
« L’asile peut être seulement temporaire en Autriche »
« Pour demander l’asile en Autriche, il faut avoir des revenus »

 

À ce jour, la Norvège, l’Allemagne et l’Autriche développent d’autres campagnes, mais de nombreux pays européens pourraient très prochainement prendre part à cette initiative. Le Danemark et la Hongrie ont aussi investi pour acheter des pages publicitaires dans les journaux libanais et jordaniens et tentent de dissuader les candidats au départ.

Souhaitant aller plus loin, l’Autriche prévoit aussi la diffusion de spots publicitaires à la télévision afghane, dans lesquels elle appelle les Afghans, de retour au pays, à empêcher les départs massifs vers l’Europe. Le pays ne peut annoncer avec certitude si grâce à cela moins d’Afghans sont venus en Europe, mais le gouvernement semble persuadé de l’efficacité de ces campagnes.

Depuis plusieurs mois, Bruxelles dément et Frederica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, se défend d’avoir imposé des conditions pour finaliser cet accord. Mais Donald Tusk, président du Conseil européen, lui n’a pas démenti ces informations et a même affirmé sur twitter que « les pays de départ » devaient « reprendre leurs migrants économiques en situation irrégulière ». En attendant, pour le moment, aucun mouvement n’a été fait aussi bien par Bruxelles que par Kaboul, essayant de se faire oublier des organisations après la signature – très discrète – de cet accord.

« L’Union européenne est leader en Occident dans la prise en charge des réfugiés. On n’attend pas de compliments. Mais les pays de départ doivent reprendre leurs migrants économiques en situation irrégulière » Donald Tusk. 

 

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