République Tchèque : sur les pas du Royaume-Uni ?

En juin dernier, le président tchèque Miloš Zeman demandait la mise en place d’un référendum sur une possible sortie de l’Union Européenne. Après le Brexit, cette dernière sera-t-elle également abandonnée par la République Tchèque ?

Il y a quatre ans, lorsque Miloš Zeman, pro-européen, succédait à l’eurosceptique Vaclav Klaus à la présidence de la République, l’avenir du pays au sein de l’Union Européenne ne faisait aucun doute. Pourtant, depuis le référendum britannique concernant la sortie de l’UE, le maintien du pays en Europe devient incertain. Bien que la République Tchèque n’en fasse partie que depuis 2004, l’Union européenne est remise en question par de nombreux Tchèques. En effet, selon un sondage effectué en mai 2017 par l’Eurobaromètre, 63% d’entre eux n’auraient pas confiance en l’UE.

Visegrád demande une Union européenne réformée

Alors que le Brexit venait d’être voté, les dirigeants du groupe de Visegrád (Pologne, République Tchèque, Slovaquie et Hongrie) n’ont pas tardé à exprimer leur volonté de réformer l’Europe de Maastricht. Plus attachés par l’histoire à l’ancien bloc qu’ils formaient qu’à cette dernière, ils se sont en effet, dès le mois de juillet 2016, affirmés comme pays dissidents en exprimant la vision d’une Europe qui accorderait plus de souveraineté aux Etats. Ils souhaitent, par exemple, donner le dernier mot aux Parlements nationaux dans le processus législatif de l’Union et renforcer le Conseil européen, et donc le rôle des chefs d’Etat, face à la Commission.

Dans cette idée, Miloš Zeman, s’affirmant comme « partisan de la démocratie directe », a annoncé cette année qu’il souhaitait consulter le peuple sur sa volonté de quitter l’Union, mais a affirmé qu’il voterait contre. Il n’hésite par ailleurs pas à faire part de ses inquiétudes concernant la gestion de l’UE. Rejoignant ainsi ses trois homologues d’Europe centrale, il fait de la souveraineté des Etats une de ses préoccupations premières. C’est pourtant la question migratoire qui demeure au cœur des enjeux et qui semble être l’une des causes principales de la défiance des Tchèques envers l’Union européenne.

Cette dernière se trouve en effet confrontée à une République Tchèque en colère face à l’arrivée massive de migrants. L’Eurobaromètre indique que l’immigration extra-européenne provoqueraient une réaction « très négative » chez 48% des Tchèques cette année. Parmi les inquiétudes du président, se trouve ainsi la décision prise par Angela Merkel d’ouvrir les portes du continent aux réfugiés, décision considérée comme nuisible pour toute l’Union européenne. La Pologne, la Slovaquie et la Hongrie se sont accordées avec la Tchéquie pour considérer cette politique migratoire comme problématique. Viktor Orban, premier ministre hongrois, considère le lien entre menace terroriste et pression migratoire comme une évidence, selon les mots de Jacub Iwaniuk.

Les membres du groupe de Visegrád ont ainsi coupé la route des Balkans afin d’empêcher toute immigration et ont refusé d’accepter les réfugiés, malgré le plan de répartition par quotas proposé par l’Union européenne. La ministre de l’Intérieur tchèque, Milan Chovanec considère notamment que l’immigration pose des problèmes de sécurité, légitimant le refus d’accueillir des migrants par une volonté de contrôle pour s’assurer que chaque migrant ne présente aucun risque pour son pays. Cette position a d’ailleurs conduit à une procédure d’infraction à l’encontre de chacun des pays membres du groupe.

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De lourdes conséquences pour tous

Le fait est que, pour pour Miloš Zeman, la question ne se limite plus à la problématique migratoire liée à l’immigration mais concerne également la question des travailleurs détachés dans l’Union européenne. En effet, celle-ci s’est prononcée en faveur d’une lutte contre les dérives (comme le dumping social et les concurrences déloyales) dues au statut de travailleur détaché. Mais, fervent défenseur du marché unique et des quatre libertés (biens, services, capitaux, personnes), le chef d’Etat tchèque considère ainsi le renforcement du contrôle comme une atteinte à la liberté de circulation des travailleurs.

Mais l’éloignement avec l’UE est bien réel. Pour preuve, le rapprochement du chef de l’Etat avec Vladimir Poutine : Miloš Zeman a notamment appelé à lever les sanctions contre la Russie concernant la guerre ukrainienne, affirmant que celle-ci est une guerre civile dont la responsabilité repose sur le gouvernement de Kiev. Cette amitié entre les chefs d’Etats russe et tchèque semble être le témoignage, et peut-être même la conséquence de la crise qui conduirait à un possible « Tchexit », devenu fatalité aux yeux de l’ancien chef d’Etat tchèque, Vaclav Klaus, qui appelle ses concitoyens à se préparer à leur sortie de l’Union européenne. Et si cela ne détermine en rien l’issue du référendum, on notera tout de même, qu’à l’instar de son prédécesseur britannique, l’ancienne Tchécoslovaquie n’a jamais adopté la monnaie unique européenne, au profit de la couronne tchèque.

Se retirer ne serait pourtant pas sans conséquence pour les Tchèques. Sur le plan économique évidemment, leur appartenance apparaît comme cruciale puisque 80% des échanges s’effectuent avec des pays membres, notamment l’Allemagne, la Slovaquie et la Pologne. De plus, les dépenses de l’Union Européenne dans le pays s’élèvent à plus de 7 milliards d’euros, dépenses qui représentent 4,6% du RNB de ce dernier. Mais pour le premier ministre Bohuslav Sobotka, il n’est pas question de quitter l’Europe. Au contraire, il faut renforcer le rôle de la Tchéquie en se plaçant au cœur de l’Union afin de bénéficier de la proximité avec les principaux partenaires commerciaux.

Pour l’UE, les conséquences seraient lourdes également, puisque ce « Tchexit » pourrait entraîner la sortie d’autres Etats membres, le débat ayant été soulevé en France, en Grèce et aux Pays-Bas notamment et les partis europhobes progressant sur tout le continent. Avec la crise migratoire provoquée en particulier par la guerre en Syrie, et les aspirations à un protectionnisme économique promues par les partis nationalistes, la dislocation de l’Union européenne est à craindre avec l’éventualité de ce nouveau référendum.

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