Présidence bulgare : extrême droite, Schengen et élargissement

De janvier à juillet 2018, c’est la Bulgarie qui assure la Présidence tournante de l’UE. Un enjeu de taille pour ce pays entré il n’y a que 11 ans dans l’Union européenne, et qui est à ce jour le plus pauvre des 28.

Alors que les ministres des Affaires étrangères européens se retrouvaient en Bulgarie pour la première fois le 25 janvier, des manifestations étaient prévues dans les rues de Sofia. Depuis le début de la présidence bulgare, il y a trois semaines, policiers, écologistes, retraités, militant.e.s du droit des femmes, eurosceptiques ou europhiles arpentent les rues de la capitale pour protester contre le niveau de vie très faible des bulgares et contre la corruption généralisée.

Sofia prend le relai de Tallinn

Le pays le plus pauvre de l’UE en a pris la Présidence pour six mois, à l’issue d’un semestre estonien. Tous les six mois, un nouveau pays est en charge de l’organisation des réunions de travail des ministres des 28 États membres, dans le cadre du Conseil de l’Union européenne.

Si le petit pays balte n’est pas parvenu à lancer tous les chantiers qui étaient prévus dans son programme, il a su insuffler un nouvel élan concernant le numérique en Europe. L’Estonie était le premier des trois États qui, avec la Bulgarie et l’Autriche, constituent le « trio 2017-2018 ». Ce système mis en place depuis le traité de Lisbonne permet davantage de coordination et cohérence entre les présidences successives. La Bulgarie prend le relai, et hérite des difficultés déjà rencontrées par Tallinn : crise migratoire, montée des populismes, négociations sur le Brexit, changement climatique…

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Un trio marqué par l’extrême droite

Si la population bulgare est relativement favorable à l’Union européenne, qui lui a permis depuis son adhésion en 2007 d’augmenter considérablement son niveau de vie, le pouvoir conservateur gouverne avec l’extrême droite. Une coalition qui n’augure rien de bon pour la défense des valeurs européennes, d’autant que le pays qui prendra la suite de la Bulgarie et qui clôturera le trio de 18 mois sera l’Autriche, qui elle aussi gouverne avec l’extrême droite.

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Boïko Borissov, le Premier ministre du pays, a déjà fait savoir que la Bulgarie ne souhaitait pas interférer en faveur de l’Union européenne dans le conflit qui oppose la Commission et la Pologne, et afficherait une neutralité favorable à Varsovie. “Nous devons maintenant écouter la position polonaise” a ajouté la ministre bulgare des Affaires étrangères.

Des priorités consensuelles, aux intérêts à peine cachés

Les priorités affichées par la Bulgarie dans son programme de présidence sont consensuelles : poursuivre le marché du numérique, développer une cohésion dans les Balkans occidentaux, assurer la sécurité au sein de l’UE, encourager les jeunes qui constituent “l’avenir de l’Europe”.

En filigrane, pourtant, pas de politique réellement européenne, mais des intérêts très locaux. Une volonté d’augmenter les fonds dédiés aux pays les plus en difficultés, ou du moins,d’éviter que ceux-ci ne baissent avec le Brexit. Une nécessité de prouver la légitimité bulgare dans la gestion de la crise migratoire. Partageant ses frontières avec la Turquie, la Bulgarie a tout intérêt à être irréprochable concernant les flux de personnes, si elle veut pouvoir prétendre à entrer dans l’espace Schengen. Enfin, l’ouverture sur les Balkans occidentaux témoigne de la volonté de Boïko Borissov d’accélérer l’élargissement européen, en permettant à la Serbie et au Monténegro, tous deux candidats, d’intégrer rapidement l’UE.

Un comportement intéressé qui agace Bruxelles, Paris ou Berlin et creuse un peu plus le fossé entre une Europe de l’Ouest riche et décisionnaire, et une Europe de l’Est plus pauvre, mais revendiquant pleinement ses droits.


Elena Blum
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Présidente d'Eurosorbonne, co-fondatrice du journal, journaliste en reprise d'études, j'aime le bourgogne blanc, les chats et l'idée d'une Europe fédérale.
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