Kosovo : 10 ans d’indépendance, et après ?

A la suite de la déclaration d’indépendance du 17 février 2008, 111 pays sur 193 présents à l’ONU ont reconnu le Kosovo. Dix ans après, qu’en est-il dans ce pays des Balkans ?

Le Kosovo a fêté les dix ans de son indépendance le 17 février dernier. La région était sous tutelle onusienne depuis la fin de la guerre en 1999 entre Albanais et Croates. Le pays, à majorité albanaise et à minorité serbe – 6 % de la population totale – est  reconnu par 111 États dont 23 pays de l’Union européenne et les États-Unis. La Serbie ne le reconnaît pas, comme la Russie et la Chine qui soutiennent leur allié. Pour la Serbie, le territoire kosovar fut une ancienne province et constitue un élément essentiel de son histoire puisqu’il est considéré comme le « berceau historique » de son peuple. Quant à la Chine, elle s’y refuse également pour une question de principe, ne voulant laisser place à de quelconques possibilités d’indépendance à l’intérieur de ses frontières, comme c’est le cas avec Taïwan.

Vingt ans après, la hache de guerre n’est toujours pas enterrée. Un tribunal kosovar doit se former à La Haye afin de juger les anciens membres de l’UCK, Armée de libération du Kosovo, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le rapport Marty, rédigé par le député suisse a notamment révélé le trafic d’organes qui sévissait au Kosovo. C’est ce rapport qui a conduit à la mise en place d’un tribunal. La lumière doit être faite sur d’éventuels crimes de guerre commis entre le 1er aout 1999 et le 31 décembre 2000 par l’UCK. Le président Hashim Thaçi, le Premier Ministre Ramush Haradinaj et le président de l’Assemblée Kadri Veseli, anciens membres de l’UCK, sont soupçonnés d’être impliqués dans ces crimes.

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La cour de justice sera érigée là où le Tribunal Pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) était installé jusqu’à sa clôture en décembre 2017. Ce déplacement est nécessaire pour protéger les potentiels témoins. Le juge sera bulgare et le procureur américain. Pour se faire, un changement constitutionnel a été demandé au pays en 2015 afin d’intégrer ce tribunal kosovare déplacé aux Pays-Bas. Toutefois, 20 ans après, Dick Marty reconnaît lui-même que peu de personnes seraient prêtes à témoigner, quand elles n’ont pas déjà été tuées. De surcroît, le tribunal mis en place pour l’ex-Yougoslavie s’est révélé peu efficace du fait du faible nombre de témoins – intimidés ou disparus. Le président kosovar a proposé, pour contourner ce tribunal, la création d’une Commission vérité et réconciliation, qui pourrait cependant laver les crimes commis. Les Suisses quant à eux ont renforcé l’existence du tribunal en donnant 200 000 francs.

Un pays toujours soumis aux tensions communautaires

Des tensions persistent toujours dans le pays entre Albanais et Serbes. Cela est particulièrement visible à l’échelle de la ville de Mitrovica, dans le nord du pays. Un pont sépare les deux communautés, qui ne parlent pas la même langue. Aleksandar Vucic, le président serbe s’y était d’ailleurs rendu en janvier dernier après l’assassinat d’un des leaders politiques de cette ville, Olivier Ivanovic. Il a souhaité envoyer un message de paix aux Albanais.

Le pays connaît de grandes difficultés économiques avec un déficit qui représente 41 % de son PIB, des importations qui augmentent toujours plus, pour des exportations qui s’amoindrissent. Le Kosovo ne bénéficie pas des avantages commerciaux de l’UE puisque, comme la Serbie, il n’en fait pas partie. 95 critères lui sont nécessaires pour bénéficier de la libre circulation et deux doivent encore être validés. Et pas des moindres puisqu’il s’agit de la lutte contre la corruption de manière efficace et concrète et la ratification de sa frontière avec le Monténégro.

Pour cette dernière clause, les deux pays se sont semble-t-il mis d’accord en 2015 sur une délimitation qui enlèverait 8000 hectares au Kosovo, dont une grande partie de la forêt de la région de Rugova, mais aussi certains cimetières. Le Parlement kosovar vient tout juste de ratifier cette délimitation à 80 voix contre 11. Le vote a été perturbé puisque la séance a du être levée cinq fois dans la journée du fait de jets de gaz lacrymogène venant des élus de la gauche nationaliste. Il fallait au minimum 80 voix.

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Pour tenter de dynamiser son économie, le pays a baissé son taux d’imposition sur les sociétés à 10 %. Il est par exemple, actuellement de 33.33 % pour la France –avant la réforme. Les charges patronales sont de 5 % et le salaire minimum entre 130 et 150 euros selon les âges. En attendant une plus grande intégration, le pays est entré dans le CEFTA, l’accord de libre échange du centre de l’Europe, en 2006.

Une population encore très pauvre

Les problèmes de la population sont d’autant plus grands qu’ils ne peuvent se déplacer dans l’UE sans visa, difficile à obtenir. Ils ont la possibilité de se rendre seulement en Albanie, Turquie, Macédoine, Monténégro, Serbie et les Maldives. Pour tenter d’échapper à leurs conditions de vie, certains Kosovars se rendent à l’étranger, notamment en Allemagne. Chaque semaine, un avion ramène des migrants ; 40 000 seraient rentrés au pays pour encore 80 000 à l’étranger.

L’argent que les familles envoient aux habitants restés dans les Balkans correspond d’ailleurs à un cinquième du PIB. Un des seuls espoirs pour obtenir une meilleure qualité de vie dans un pays où un dixième de la population vit dans la misère avec un euro par jour semble l’obtention d’une bourse d’étude. La moitié de la population kosovare ayant  moins de 30 ans, l’Allemagne y recrute certaines infirmières du fait d’un manque de personnel pour l’aide aux personnes âgées ;.

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Le deuxième pays le plus pauvre du continent doit encore faire face à de grands enjeux, tant historiques et politiques qu’économiques. L’intégration européenne passera vraisemblablement par une acceptation de son passé et donc un remaniement de sa classe politique.

 

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