Que s’est-il passé en Europe cette semaine ? (11.06 – 17.06)

L’affaire de l’Aquarius divise l’Europe, création d’un « axe » contre l’immigration clandestine, l’UE met la pression sur Malte dans l’affaire Daphne Caruana Galizia, Athènes et Skopje parviennent à un accord historique et l’Italie compte rejeter le CETA : l’actualité en Europe cette semaine.

AQUARIUS – Un navire au cœur de la crise migratoire

Le navire humanitaire Aquarius, affrété par l’ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, est arrivé ce dimanche au port de Valence. Il était accompagné de deux navires des garde-côtes italiens. Le 10 juin, le ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini avait interdit à l’Aquarius d’accoster en Italie après que celui-ci ait secouru plus de 600 migrants. Le navire s’était alors retrouvé sans destination, et c’est finalement l’Espagne qui s’est proposé de l’accueillir.

Emmanuel Macron a dénoncé « la part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien », Giuseppe Conte répliquant que l’Italie n’avait pas à recevoir de « leçons hypocrites de pays ayant préféré détourner la tête en matière d’immigration ». Une tension finalement désamorcée vendredi dernier à l’occasion d’un déjeuner de travail à l’Elysée, mais révélatrice des fractures européennes en matière de droit d’asile.

Vendredi 16 juin, Salvini a une nouvelle fois interdit à deux navires humanitaires d’accoster en Italie : affaire à suivre.

UNION EUROPEENNE – Un « axe » contre l’immigration clandestine

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz, à la tête d’une coalition entre conservateurs et extrême-droite, a annoncé mercredi 13 juin la création d’un « axe des volontaires dans la lutte contre l’immigration illégale » avec Berlin et Rome. Ce terme d’ « axe » rappelle sans ambiguïté le nom de l’alliance Rome-Berlin-Tokyo de la Seconde Guerre mondiale.

Cette alliance réunira les ministres de l’Intérieur des trois pays : Matteo Salvini pour l’Italie, Herbert Kickl pour l’Autriche et Horst Seehofer pour l’Allemagne. Ce dernier, très conservateur, s’oppose ainsi à sa chancelière Angela Merkel dans la manière de concevoir la politique d’asile allemande.

L’Autriche s’apprête à prendre la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne et montre sa volonté de mettre à l’agenda européen une réforme dure du régime européen de l’asile. Kurz a déjà revendiqué le soutien du Danemark et des Pays-Bas dans son projet.

MALTE – L’Union européenne met la pression dans l’affaire Daphne Caruana Galizia

Věra Jourová, Commissaire européenne en charge de la Justice, s’est rendue cette semaine sur l’île méditerranéenne pour faire le point sur l’enquête sur l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia, tuée en octobre 2017. L’occasion de faire pression sur les autorités maltaises, alors que l’enquête piétine et que l’indépendance de la police est remise en cause. En particulier, Věra Jourová a annoncé attendre « une enquête indépendante et minutieuse pour découvrir qui est vraiment responsable » du meurtre. Elle a salué une « journaliste courageuse, qui a payé de sa vie sa quête pour la vérité. »

En avril dernier, le collectif de journalistes Projet Daphne rapportait que le ministre de l’Economie maltais avait été vu en compagnie de l’un des assassins présumés dans un bar de l’île. Chris Cardona, le ministre en question, avait été mis en cause par Caruana Galizia qui affirmait qu’il s’était rendu dans une maison close lors d’un voyage en Allemagne.

BALKANS – Accord historique entre Athènes et Skopje

Une querelle presque trentenaire enfin enterrée. En 1991, lors de l’effondrement de la Fédération de Yougoslavie, la Croatie et la Slovénie déclarent leur indépendance. La Macédoine leur emboîte le pas en conduisant un référendum : c’est la naissance de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, sa dénomination officielle. Problème : la Grèce a une province du même nom et l’accuse de s’approprier son héritage.

L’accord, scellé officiellement ce dimanche dans le village frontalier de Psarades, prévoit que l’Ancienne République yougoslave de Macédoine prenne le nom de « Macédoine du Nord ». Cette solution ne satisfait pas les nationalistes et l’extrême-droite des deux pays, mais les gouvernements grecs et macédoniens ne semblent pas près de reculer. Pour le Premier ministre grec Aléxis Tsípras, cet accord permettra de stabiliser la région des Balkans.

ITALIE – Le CETA menacé ?

Gian Marco Centinaio, le ministre italien de l’agriculture, a appelé le Parlement italien à ne pas ratifier l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne (CETA). Selon Centinaio, l’accord ne protège pas assez les Appellations d’Origine Protégée (AOP) et les Indications Géographiques Protégées (IGP) italiennes. L’Italie est l’Etat membre qui compte le plus d’AOP et d’IGP.

Le CETA est appliqué partiellement depuis septembre 2017, mais doit être ratifié par l’ensemble des 38 assemblées nationales et régionales d’Europe pour entrer pleinement en vigueur. Si le Parlement italien venait à ne pas ratifier l’accord, celui-ci pourrait tomber à l’eau. La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, dit rester « confiante » et rapporte avoir eu de « bonnes discussions avec (…) Conte » lors du sommet du G7 la semaine dernière.

Crédit photo : Gabriel Bouys/AFP

Nezim Tandjaoui

Souvent en train d'essayer d'écrire.

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